Cette curieuse cithare tubulaire en bambou est un instrument emblématique de la culture musicale du Madagascar. Combien serons-nous surpris à la première écoute, par la diversité du champ sonore du valiha !

Cet instrument est originaire d’Asie du Sud-Est. Il appartient à la culture des peuples montagnards. Introduit à Madagascar vers le 11e siècle, il eut au point de départ une fonction musicale religieuse puis sut séduire les aristocrates cultivés de la cour pour devenir ensuite un instrument populaire, joué et apprécié de tous. Il était perçu jadis comme un symbole de paix. Lors des rituels de soumission, les seigneurs « dociles » offraient au roi un vahina en signe de renoncement au conflit !

Les caractéristiques organologiques

Le corps de l’instrument est un cylindre de bambou dont la taille peut varier de 46 cm à 1 m 30. Il a la double fonction de résonateur et de table d’harmonie : la fente longitudinale joue le même rôle que l’ouïe d’un violon. Ses extrémités qui correspondent aux noeuds du bambou sont fermées. Il possède de 16 à 18 cordes : elles peuvent être en fibres de bambou (pour les plus anciennes), l’instrument appartient alors à la catégorie des idiocordes (ce n’est pas une insulte, mais une référence à la noble famille des idiophones !) en acier, venant parfois de vieux câbles de freins de récupération, l’instrument sera alors un hétérocorde. Certains valihas peuvent avoir à la fois des cordes en bambou et d’autres en métal. Il existe également un valiha électrique !
Acoustiquement, la différence entre cordes végétales et cordes métalliquesest très sensible au niveau du timbre de l’instrument et de sa puissance sonore. L’analyse du sonagramme des cordes en bambou révèle un spectre majoritairement inharmonique et dont l’énergie est répartie dans le grave. La perception de la hauteur de la note sera moins évidente, l’intensité plus faible et le timbre mat et feutré. Le sonagramme d’une corde métallique plus proche d’un spectre harmonique, confirme la notion de perception de hauteur sans ambiguïté, une plus grande puissance sonore de l’instrument liée à une bonne répartition de l’énergie dans le spectre et un timbre clair, plus limpide.
L’accord du valiha est très variable. Le principe des petits chevalets mobiles en calebasse ou en poterie rappelle un peu le koto japonais et permet de modifier facilement la hauteur de la note de base de la corde.

Les techniques de jeu

Sonagramme de la valiha à cordes métalliques.

Sonagramme de la valiha à cordes végétales.

Trois modes d’attaque de la corde sont possibles. Le plus fréquent est celui des cordes pincées, mais en Chine du sud on rencontre un instrument similaire dont les cordes sont frappées par des baguettes. En ex-Yougoslavie où cet instrument est également présent dans la musique traditionnelle, on a coutume de frotter les cordes… comme pour un violon ! Le valiha nous surprend par son étendue sonore ! Il s’est toujours prêté à une grande liberté d’évolution des techniques de jeu du musicien : mains alternées, pas de plectre en mode « cordes pincées », illusion d’accords par l’usage des arpèges, dominante rythmique et travail subtil au niveau des multiples possibilités timbrales. L’apprentissage de cet instrument appartient à la tradition orale, bien qu’il existe un codage écrit de la partition.

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